Ashita no Sekai



 

Un matin à Gotenba

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Féminin
Métier : Mécanicienne/Contrebandière
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Parmi nous depuis le : 29/05/2018


Civile extra-muros
Sujet: Un matin à Gotenba
Ven 8 Juin - 10:46

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Informations complémentaires
Depuis: 5 ans
Réputation: Généralement très efficace dans ce qu'elle entreprend, méfiante mais loyale. La jeune femme fait parfois des erreurs de langage, le japonais n'étant pas sa langue maternelle, en particulier lorsqu'elle est troublée.
Arme(s) utilisée(s): Ce qui traîne...le jour, des outils, la nuit, elle ne se sépare pas de son couteau de chasse, discret et silencieux.
Elle était en retard.


Adossée au mur intérieur, Asae recomptait fébrilement les vingt pièces glanées quelques heures plus tôt. Elle était en retard, et elle avait oublié son téléphone.
Quand elle eut fini de recompter pour la centième fois son maigre trésor, elle jeta un regard anxieux vers les étoiles.
La nuit prenait lentement fin.


Elle était en retard.


La petite fille ajusta ce qui lui servait de couverture, et qui avait glissé sous les vibrations d’impatience de ses jambes.  L’attente n’avait jamais été son fort, pas depuis qu’elle avait attendu deux jours dans la cave de son immeuble avant que l’on daigne venir la chercher et lui annoncer le massacre de sa famille. Du haut de ses onze ans, Asae grogna qu’elle ne se porterait plus volontaire pour le mur, et que la grande perche pouvait bien demander à Toshi la prochaine fois qu’il lui prenait l’envie d’inquiéter tout le monde.


Mais sa mine renfrognée se détendit instantanément tandis que son attention se focalisait sur un très léger son, et se mua en un sourire soulagé alors qu’elle reconnût la grive.  




Elle jeta un regard vers le bout de la ruelle, et, une fois totalement sûre que personne n’arrivait, déplia l’échelle de corde qu’elle gardait sous sa couverture, avant d’en lancer une extrémité de l’autre côté du mur. Elle fixa rapidement le mousqueton relié à l’autre extrémité sur un anneau habilement dissimulé dans la pierre, et répondit au chant de la grive en soufflant entre ses doigts experts.


La fillette s’éloigna de quelques pas, sa couverture sur les épaules, et scruta les alentours par précaution. La corde se tendit et peu après, une paire de rangers émirent un son étouffé dans la poussière de la rue. Des mains fines mais habiles s’empressèrent de récupérer puis ranger l’échelle de corde dans un grand sac à dos qui vint se lover entre deux épaules délicates, couvertes d’une veste de cuir.


Asae jeta un regard noir en arrière.


« T’es en retard. »


 Elle n’eut pour réponse qu’une paire d’yeux azur tournés dans sa direction. Puis une main vint se poser sur l’épaule de la fillette, et une voix fatiguée mais assurée lui murmura :


« Je sais. Ils étaient armés. »


La panique parcourut le visage d’Asae alors qu’elle agrippait le bas du bras gauche d’Esther. La jeune femme retint habilement une grimace.


« Tu es blessée ! Où ça ? Montre-moi ! » s’agita l’enfant.


« Asae, tout va bien. Tetsuo a dû faire diversion, ça a pris plus de temps c’est tout. Mais j’ai les pièces. » souffla-t-elle avec un demi sourire satisfait. « File. Pour les détails, ce sera après que j’aie dormi. »


La petite fille leva les yeux au ciel mais ne fit aucun commentaire. Sans oublier de jeter un dernier coup d’œil sur la rue principale, elle se hissa jusqu’à la joue rougie par l’effort de la jeune femme et l’embrassa.


« On se voit demain. Et je veux encore être au mur la prochaine fois. Les autres sont trop stupides. »  
 
Esther eut à peine le temps de réprimer un sourire que la fillette avait disparu. Rien n’était plus discret qu’un enfant de Gotenba aux yeux de la jeune femme, et elle se félicitait d’être dans le bon camp quand les petits monstres organisaient leur « Journée de la Fauche ».


Ajustant la capuche de sa veste pour dissimuler ses yeux, elle remonta la rue principale d’un pas rapide, marcha quelques minutes, et se faufila dans une ruelle pour entrer d’un coup de pied bien placé dans l’un des immeubles encore debout.


Avant la construction du double mur, les chimères attaquaient très régulièrement, et détruisirent la majeure partie des bâtiments de Gotenba, ville rouge située à environ une heure de la capitale. Les 3 000 survivants d’une cité qui comptait 90 000 âmes avant l’arrivée des bêtes s’étaient regroupés dans des maisons de quelques étages seulement, et le refuge d’Esther ne faisait pas exception. Reste d’immeuble de centre-ville épargné sur ses deux premiers étages, il avait la particularité d’avoir un rez-de-chaussée bâti pour une échoppe, et donnait sur la principale rue commerçante de Gotenba. Mais l’entrée vers les étages se trouvait du côté donnant sur le quartier le plus pauvre de la ville, royaume des vices et des orphelins, ce qui en faisait l’emplacement idéal pour la jeune femme.


Une fois dans le couloir du rez-de chaussée, Esther sortit un trousseau de clés d’une de ses poches, et l’utilisa pour pénétrer dans la cage d’escaliers, dont l’épaisse porte de métal ne pouvait être défonçée, perçée ou encore crackée car dépourvue de tout système électronique. Toujours protéger sa maison à l’ancienne était un enseignement important et respecté chez les Millerwell. Et comme deux protections valent mieux qu’une, elle passa sa main dans une fissure du mur, pressa un bouton, et désactiva le piège dissimulé sous la seconde marche de l’escalier. 
 
Refermant le tout derrière elle, Esther passa rapidement le premier étage où se trouvaient la cuisine et un semblant de salon, et atteignit le deuxième. Dans la pièce faiblement éclairée, on pouvait deviner un grand lit confortable, des étagères, une porte donnant sur la salle de bain, le tout se battant pour un peu d’espace avec au moins une dizaine de plantes disséminées un peu partout. Esther laissa échapper un souffle de soulagement tandis qu’elle abandonnait chaussures et sac à dos, et enleva avec précaution sa veste.


L’instinct d’Asae se développait un peu trop bien, pensa non sans fierté la jeune femme, alors qu’elle contemplait le sang coulant lentement du haut de son bras gauche. Trop focalisée sur son objectif, elle n’avait pas pu éviter le premier coup de couteau qui, fort heureusement pour elle, avait raté un point vital. Les années passées à soigner en urgence les rebelles londoniens avaient accordé à Esther une expertise suffisante pour qu’elle puisse conclure que, contrairement à sa veste, elle n’aurait pas nécessairement besoin de points de suture. Mais la plaie avait besoin d’être nettoyée, et le reste aussi.
Une barrette vint rejoindre la veste et les rangers au sol, rapidement suivie d’un jean noir, d’un débardeur bleu nuit, et de sous-vêtements bordeaux. Un soupir de contentement se fit entendre alors que l’eau de la douche nettoyait la plaie, apaisait ses muscles fatigués et glissait entre ses reins. Ses cheveux contrastaient sur sa peau laiteuse et serpentaient comme des veines de feu sur ses bras, et elle se surprit à sourire d’une ironie qu’elle était seule à percevoir.


Quelques minutes après, la jeune femme, en short et débardeur de coton noir, le bras fraîchement pansé, attrapa son sac à dos, et l’enferma tel quel dans une armoire de métal. « Demain. » soupira-t-elle. Son téléphone indiquait un peu moins de cinq heures du matin, ce qui signifiait trois belles heures de sommeil disponibles, que la jeune femme comptait bien exploiter. Elle s’effondra sur le lit et s’endormit quasiment dans la minute, sans même songer à rabattre une couverture.
 
___


8 heures.


Le soleil avait fini par vaincre les volets de métal et s’infiltrait dans la pièce en fins rais de lumière. L’un d’eux s’acharnait sur une paire de paupières protégeant sans succès des yeux de la couleur du ciel.
Esther émit un grognement de protestation, mais finit par se lever. Elle jeta un regard, un sourire, un baiser à la photo posée sur sa table de nuit, et se hissa hors du lit.


Après une douche, un petit déjeuner sommaire, et avoir enfilé un débardeur gris tombant sur un jean bleu foncé et ses fidèles rangers, la jeune femme descendit au rez-de chaussée et entreprit d’ouvrir son atelier.


Sa blessure la lançait, mais Esther étant droitière et obstinée, sa journée n’allait pas être contrariée par une égratignure, se dit-elle tandis que le premier client passait la porte pour récupérer sa vieille radio tombée en panne deux jours plus tôt.


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