Ashita no Sekai



 

Un matin à Gotenba

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Sujet: Un matin à Gotenba
Ven 8 Juin - 10:46

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Arme(s) utilisée(s): Ce qui traîne...le jour, des outils, la nuit, elle ne se sépare pas de son couteau de chasse, discret et silencieux.
Elle était en retard.

Adossée au mur intérieur, Asae recomptait fébrilement les vingt pièces glanées quelques heures plus tôt. Elle était en retard, et elle avait oublié son téléphone.
Quand elle eut fini de recompter pour la centième fois son maigre trésor, elle jeta un regard anxieux vers les étoiles.
La nuit prenait lentement fin.

Elle était en retard.

La petite fille ajusta ce qui lui servait de couverture, et qui avait glissé sous les vibrations d’impatience de ses jambes.  L’attente n’avait jamais été son fort, pas depuis qu’elle avait attendu deux jours dans la cave de son immeuble avant que l’on daigne venir la chercher et lui annoncer le massacre de sa famille. Du haut de ses douze ans, Asae grogna qu’elle ne se porterait plus volontaire pour le mur, et que la grande perche pouvait bien demander à Toshi la prochaine fois qu’il lui prenait l’envie d’inquiéter tout le monde.


Mais sa mine renfrognée se détendit instantanément tandis que son attention se focalisait sur un très léger son, et se mua en un sourire soulagé alors qu’elle reconnût la grive.  

Elle jeta un regard vers le bout de la ruelle, et, une fois totalement sûre que personne n’arrivait, déplia l’échelle de corde qu’elle gardait sous sa couverture, avant d’en lancer une extrémité de l’autre côté du mur. Elle fixa rapidement le mousqueton relié à l’autre extrémité sur un anneau habilement dissimulé dans la pierre, et répondit au chant de la grive en soufflant entre ses doigts experts.

La fillette s’éloigna de quelques pas, sa couverture sur les épaules, et scruta les alentours par précaution. La corde se tendit et peu après, une paire de rangers émirent un son étouffé dans la poussière de la rue. Des mains fines mais habiles s’empressèrent de récupérer puis ranger l’échelle de corde dans un grand sac à dos qui vint se lover entre deux épaules délicates, couvertes d’une veste de cuir.

Asae jeta un regard noir en arrière.

« T’es en retard. »

 Elle n’eut pour réponse qu’une paire d’yeux azur tournés dans sa direction. Puis une main vint se poser sur l’épaule de la fillette, et une voix fatiguée mais assurée lui murmura :

« Je sais. Ils étaient armés. »

La panique parcourut le visage d’Asae alors qu’elle agrippait le bas du bras gauche d’Esther. La jeune femme retint habilement une grimace.

« Tu es blessée ! Où ça ? Montre-moi ! » s’agita l’enfant.

« Asae, tout va bien. Tetsuo a dû faire diversion, ça a pris plus de temps c’est tout. Mais j’ai les pièces. » souffla-t-elle avec un demi sourire satisfait. « File. Pour les détails, ce sera après que j’aie dormi. »

La petite fille leva les yeux au ciel mais ne fit aucun commentaire. Sans oublier de jeter un dernier coup d’œil sur la rue principale, elle se hissa jusqu’à la joue rougie par l’effort de la jeune femme et l’embrassa.

« On se voit demain. Et je veux encore être au mur la prochaine fois. Les autres sont trop stupides. »  
 
Esther eut à peine le temps de réprimer un sourire que la fillette avait disparu. Rien n’était plus discret qu’un enfant de Gotenba aux yeux de la jeune femme, et elle se félicitait d’être dans le bon camp quand les petits monstres organisaient leur « Journée de la Fauche ».

Ajustant la capuche de sa veste pour dissimuler ses yeux, elle remonta la rue principale d’un pas rapide, marcha quelques minutes, et se faufila dans une ruelle pour entrer d’un coup de pied bien placé dans l’un des immeubles encore debout.

Avant la construction du double mur, les chimères attaquaient très régulièrement, et détruisirent la majeure partie des bâtiments de Gotenba, ville rouge située à environ une heure de la capitale. Les 3 000 survivants d’une cité qui comptait 90 000 âmes avant l’arrivée des bêtes s’étaient regroupés dans des maisons de quelques étages seulement, et le refuge d’Esther ne faisait pas exception. Reste d’immeuble de centre-ville épargné sur ses deux premiers étages, il avait la particularité d’avoir un rez-de-chaussée bâti pour une échoppe, et donnait sur la principale rue commerçante de Gotenba. Mais l’entrée vers les étages se trouvait du côté donnant sur le quartier le plus pauvre de la ville, royaume des vices et des orphelins, ce qui en faisait l’emplacement idéal pour la jeune femme.

Une fois dans le couloir du rez-de chaussée, Esther sortit un trousseau de clés d’une de ses poches, et l’utilisa pour pénétrer dans la cage d’escaliers, dont l’épaisse porte de métal ne pouvait être défonçée, perçée ou encore crackée car dépourvue de tout système électronique. Toujours protéger sa maison à l’ancienne était un enseignement important et respecté chez les Millerwell. Et comme deux protections valent mieux qu’une, elle passa sa main dans une fissure du mur, pressa un bouton, et désactiva le piège dissimulé sous la seconde marche de l’escalier. 
 
Refermant le tout derrière elle, Esther passa rapidement le premier étage où se trouvaient la cuisine et un semblant de salon, et atteignit le deuxième. Dans la pièce faiblement éclairée, on pouvait deviner un grand lit confortable, des étagères, une porte donnant sur la salle de bain, le tout se battant pour un peu d’espace avec au moins une dizaine de plantes disséminées un peu partout. Esther laissa échapper un souffle de soulagement tandis qu’elle abandonnait chaussures et sac à dos, et enleva avec précaution sa veste.

L’instinct d’Asae se développait un peu trop bien, pensa non sans fierté la jeune femme, alors qu’elle contemplait le sang coulant lentement du haut de son bras gauche. Trop focalisée sur son objectif, elle n’avait pas pu éviter le premier coup de couteau qui, fort heureusement pour elle, avait raté un point vital. Les années passées à soigner en urgence les rebelles londoniens avaient accordé à Esther une expertise suffisante pour qu’elle puisse conclure que, contrairement à sa veste, elle n’aurait pas nécessairement besoin de points de suture. Mais la plaie avait besoin d’être nettoyée, et le reste aussi.
Une barrette vint rejoindre la veste et les rangers au sol, rapidement suivie d’un jean noir, d’un débardeur bleu nuit, et de sous-vêtements bordeaux. Un soupir de contentement se fit entendre alors que l’eau de la douche nettoyait la plaie, apaisait ses muscles fatigués et glissait entre ses reins. Ses cheveux contrastaient sur sa peau laiteuse et serpentaient comme des veines de feu sur ses bras, et elle se surprit à sourire d’une ironie qu’elle était seule à percevoir.

Quelques minutes après, la jeune femme, en short et débardeur de coton noir, le bras fraîchement pansé, attrapa son sac à dos, et l’enferma tel quel dans une armoire de métal. « Demain. » soupira-t-elle. Son téléphone indiquait un peu moins de cinq heures du matin, ce qui signifiait trois belles heures de sommeil disponibles, que la jeune femme comptait bien exploiter. Elle s’effondra sur le lit et s’endormit quasiment dans la minute, sans même songer à rabattre une couverture.
 
___

8 heures.

Le soleil avait fini par vaincre les volets de métal et s’infiltrait dans la pièce en fins rais de lumière. L’un d’eux s’acharnait sur une paire de paupières protégeant sans succès des yeux de la couleur du ciel.
Esther émit un grognement de protestation, mais finit par se lever. Elle jeta un regard, un sourire, un baiser à la photo posée sur sa table de nuit, et se hissa hors du lit.

Après une douche, un petit déjeuner sommaire, et avoir enfilé un débardeur gris tombant sur un jean bleu foncé et ses fidèles rangers, la jeune femme descendit au rez-de chaussée et entreprit d’ouvrir son atelier.

Sa blessure la lançait, mais Esther étant droitière et obstinée, sa journée n’allait pas être contrariée par une égratignure, se dit-elle tandis que le premier client passait la porte pour récupérer sa vieille radio tombée en panne deux jours plus tôt.


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Sujet: Re: Un matin à Gotenba
Mar 18 Sep - 18:29

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Réputation: Jian wan, on le veut sur le terrain ou dans son lit, pas dans sa vie. Sang chaud mais approche froide. C'est un connard méprisant. Il est sollicité pour les attaques de front., il fait partie des chasseurs dont la violence semble parfois égale à celle des chimères qu'il combat.
Arme(s) utilisée(s): 2 épées des plus classiques, 1 lourde courbée et une plus fine et raide, semblable aux armes factices que l'on retrouve au Kendo.
Schtroumpf ∞ Laitière
Un matin à Gotenba
Un nuage vert s’éleva dans un bruit sourd au-dessus de la brume, annonçant la fin d’une bataille très matinale. L’affrontement, bien que de courte durée, avait su fatiguer la bête : c’est le souffle agité que Jian Wan retirait son épée de son fourreau de chair. 

« Kuroda, c’était quoi ça ? 
- Une meute d’Inukan, répondit-il en rangeant son arme, d'un sarcasme si maîtrisé qu'il en parut presque bête. Vous êtes un peu long à la détente pour un ancien non ? »

Le message était clair mais dans le doute, il jugea bon de l’asséner d'un coup d’épaule sur son passage. On lui reprochait souvent de ne pas être assez consciencieux, voilà qui démontrait le contraire. Le respect de l’autorité, c’était pour une prochaine fois. Avec Jian Wan, quand on a le beurre, on s’en contente. 

L’ancien militaire s’abstenut de répliquer. Le jeune chasseur avait tapé là où ça faisait mal. A lui seul, il avait mis à terre cinq inukan et sa fierté. Jian Wan le détestait pour ses discours d’ancien. L’armée de terre et les chasseurs n’avaient rien en commun. Ses précédents titres ne valaient rien et il venait tout juste de lui prouver sur le terrain que de caporal, il en avait que la position. Il coupa le sentier pour rejoindre le reste du groupe, glissant ses bottes entre les vestiges d’une cité qui n'existait plus. La nature y regagnait lentement mais surement sa place, entre les pierres se hissaient des fleurs aujourd’hui nourris au sang. Et parmi elles, une sauvage n’avait pas encore éclos.

« Halte là. » l’arrêta-t-il dans sa course effrénnée contre la peur. Personne ne la poursuivait mais elle semblait craindre la venue de quelque chose. 
« Lâchez moi ! LACHEZ MOI ! »
« Calme-toi, tu ne crains plus rien. Pour le moment. » ajouta-t-il, par soucis d’honnêteté. 

Son ton n’était pas plus rassurant que ses mots. Tout comme ses gestes, sa voix était froide et raide. Et il n’eut aucun scrupule à resserer son étreinte sur l’enfant. Elle aurait perdu son énergie à se débattre et lui patience. Et diable sait qu’il aurait été bien moins pacifique une fois à bout. 

« J’ai dit, calme-toi. » répéta-t-il en la couchant au sol. 

Dans sa chute, la jeune fille perdit des mains sa besace. Au bruit qui retentit, il devina qu’elle ne trimballait pas que des petits lus et cartes à jouer. Sans la lâcher, il descendit alors son regard sur l’objet de sa curiosité et découvrit des senbons se faire la malle. Elle craignait donc la venue de monstre à deux pattes, des chasseurs.

« Eh bien, il semblerait que Robin des bois ait assuré sa descendance. »

Force est de reconnaître que la petite avait du talent. Pour tout dire, il était même impressionné. Comment avait-t-elle fait ?

« Qu’avons-nous là ?
- N’y touchez pas, lui cria la jeune voleuse, essayant toujours de se défaire des mains du chasseur. Ce sont mes affaires ! Vous avez pas le droit de fouiller sale schtroumpf ! Lâchez-moi !
- Schtroumpf hein ? Promis si tu l'épèles correctement, je ferais au moins semblant d’être vexé. »

Schtroumpf était une insulte qui revenait souvent dans les bouches des enfants et seniors des "quartiers difficiles". C’était en ces termes qu’ils parlaient des habitants des villes bleues, parfois chasseurs y compris.

Dans son sac, il trouva pratiquement la panoplie complète d’une ceinture d’extras. Heureusement pour lui que les caméras sur leurs combinaisons n’avaient pas de mode selfie. Son expression aurait trahi le respect qu’il éprouvait à cette rebelle en devenir. Si son ID-0 ne l ‘avait pas remis sur la voie, il aurait certainement cédé à la curiosité. Cependant les hélicoptères venaient d’annoncer leur position, ce qui lui laissait trop peu de temps pour la ramener chez elle et lui faire dire comment elle s’y était prise. Lui non plus ne pouvait pas toujours avoir l’argent du beurre.  

« Bien, fit-il en la redressant, tenant sa besace d’une autre main. Où est ta barba-maison barbapapa ? »


 - - - 

La fillette n’habitait pas si loin et pourtant, le chemin en sa compagnie lui parut extremement long. Il commença à être agréable quand elle cessa de râler pour bouder en silence, réalisant qu’elle n’aurait pas le dernier mot. Elle était une pré-ado en pleine rebellion et Jian Wan… Jian Wan n’avait jamais quitté la crise d’adolecense. A son age, aucune surprise qu’être plus con que l’autre était devenu un domaine dans lequel il excellait. La jeune fille avait même inconsciemment fini par le tutoyer.

« J’ai été d’accord pour te lâcher le poignet mais si tu marches pas plus vite, je vais te traîner par la jambe et me servir de ta tête comme d'un rateau. Comme prévu, l’impatience ne le rendait pas plus commode. 
- J’ai mal ! répliqua la jeune fille, le mine renfrognée.
- Oui j’ai cru comprendre. Aux yeux non ? Parce que tu sembles avoir raté l’énorme fumée rouge qui envahissait les airs il y a quelques minutes.
- C’est pas à cause des chimères ! C’est toi qui m’a blessé quand tu m’as mis au sol ! Lança-t-elle avec energie tandis que les hélicoptères les survolaient. 
- C’est toi qui m’a blessé quand tu m’as mis au sol, répéta-t-il avec une voix exagérément aiguë, s’arrêtant de marcher pour la laisser regagner son niveau. Tu devrais t’estimer heureuse que la seule blessure que tu aies, c’est moi qui te l’ai donné. Les chimères sont généralement moins aimables.

Silence radio. Il avait choisi les bons mots, sans trop de surprise. Elle venait de Gotenba, elle devait avoir appris à ses dépends les atrocités dont été capables les chimères. Les mots lui avaient échappé un peu vite mais il n’était pas sûr de devoir les regretter. En fait, il ne savait pas quelle leçon donnée à quelqu’un qui vit constamment si près du danger. 

« Monte. 
- Quoi ?
- Monte.
- Non c’est bon je peux marcher ! »

Il claqua sa langue contre son palais. Elle allait le faire chier jusqu’au bout. 

« Dommage. Tu savais pas ? lui demanda-t-il en la saisissant par le bras. Les schtroumpfs vivent dans une dictature. C'le plus fort qui décide. » 

Non son mal, il ignora ses crailleries et la cala contre son dos. De là, il activa sa ceinture d’extras. 

« Accroche-toi. »

Et les grappins les firent sauter jusqu’au mur qui apparaissait des mètres plus loin. D’ici, Gotenba paraissait paisible. Le soleil levant couvrait les murs de pierre d’une couleur or. Qui aurait pu croire que cet eldorado n’était qu’un quartier malfamé, d’où provenait le petit diable sur son épaule qui se nommait...

« Asae ! Asae ! Toshi va chercher Esther, Asae est là ! Avec un schtroumpf !
- Asae, hein ? Bien moins cool que barbapapa si tu veux mon avis mais ok...  la charria-t-il avant de sauter du mur et de la faire descendre.
- Barbapapa il est rose d'abord, il est même pas rouge ! 
- Parce que maintenant tu vois les couleurs ? 
Elle fronça les sourcils. 
- Laisse la tranquille le schtroumpf !
- Pose ta pierre Haru ! lança-t-elle à son ami. Il m’a juste ramené.
- Wow, c’est que ça ressemblerait presque à de la reconnaissance. T’as raison, tu t’es peut-être fait mal ailleurs, fais voir ton front. »
Dans son geste pour le repousser, elle laissa échapper un fin sourire. La lourdeur finissait toujours par faire craquer, c’était quelque chose qu’il avait appris de Regan. Même si avec lui, ça craquait souvent des os. 

C’est en relevant ses yeux ambres qu’il aperçut une fille d’à peu près son âge. Au milieu de tous ces enfants agités, elle lui faisait penser à cette vieille pub de la laitière, le sex-appeal en plus. Ses longs cheveux se mariaient à la lumière dans un rideau de feu, que des yeux bleu cyan transperçaient comme des senbons ...volés.

« T’oublies pas quelque chose ? » fit-il à la jeune robin des bois, secouant sa besace. 

Ca, il était presque certain de le regretter. Mais il s’agissait d’une voie sans issue. Il aurait été frustré de ne pas le faire et son impulsivité l’aurait emmené à se faire réprimander pour une autre raison de toute façon. Autant choisir celle qui le gardait de relativement de « bonne humeur ». Si la grammaire permettait de mettre ces deux mots entre une centaine de guillemets, sachez que ça aurait été fait. 

Elle accourue vers lui avec un vrai sourire cette fois-ci. Après tout elle avait gagné le gros lot. A moins que...

« Mais avant ça, je vais peut-être récupérer ceci. » lui dit-il en s’accroupissant, sortant de la poche les senbons qu’elle lui avait sorti de sa ceinture dans les airs. « On peut pas toujours avoir le beurre et l’argent du beurre Barbapapa mais… bien essayé. » finit-il plus bas.  « Et une dernière chose, continua-t-il en chuchotant, le chasseur à qui tu as volé cette ceinture, c’est… 
- Un brun avec une cicatrice à la joue.
- Ok. »

Derrière ce « ok » se cachait un sourire mal dissimulé. Il en était sûr. Il passa sa langue sur ses lèvres comme pour effacer le sourire qui menaçait de le rendre plus aimable. 

Après s’être redressé, il pointa du doigt la jeune femme et repris d’une voix normale :

« Tu devrais peut-être donné ce sac à l’adulte ...si tant est qu'elle en soit une. Et fais toi soigner les genoux. » 

Il s'était peut-être un peu trop vu en Asae pour rester objectif et professionnel, bien qu'être professionnel n'avait jamais fait partie de ses intentions. Tout ce qu'il voyait, c'était une adulte qui n'avait su protéger l'enfant du danger. Compte tenu du talent de la petite et du nombre qu'ils étaient, blâmer quelqu'un pour une faute de surveillance n'était pas rationnel mais c'était un moyen de rejeter l'option "impuissant face aux tristes réalités du monde". 

« J'ai dix minutes. »

C'était court mais faisable pour lui apprendre comment utiliser ce matériel. 
code by Silver Lungs


Ce soir comme hier soir, tu céderas à tes démons. Tu détestes les problèmes mais encore plus les solutions.  - Disiz #810808
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Sujet: Re: Un matin à Gotenba
Mer 19 Sep - 10:37

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Dans le langage d’Asae, « on se voit demain » signifiait toujours « je serai devant ta porte, sans faute, à l’instant où tu ouvriras la boutique ». Ce n’est donc pas sans étonnement qu’Esther levait le rideau d’acier devant l’atelier, sans y trouver personne ce matin-là. Au fil de l’heure qui suivit, l’étonnement avait rapidement fait place à la suspicion et s’était muée en inquiétude autour de 10h, lorsqu’elle décida  au bout du vingtième regard vers l’horloge au mur de jeter en hâte un panneau « de retour bientôt » sur sa devanture et de filer vers le quartier des orphelins, le téléphone à l’oreille. La petite fille ne répondait pas. Dans un souffle de frustration, la rouquine composa un autre numéro.

« Toshi, tu as vu Asae ce matin ? » dit-elle dès que le garçon décrocha, dissimulant son inquiétude grandissante derrière une bonne couche de froideur et de formalisme.

« Salut Es’. Non désolé, mais je crois qu’elle a dit à Ruka qu’elle partait en mission. Mais bon Ruka a huit ans alors j’… »

Elle le coupa net, arrivant à la place principale du quartier.

« En mission ? Mais le marché n’est pas ouvert avant 9h30 et… »

Ce qu’elle vit alors lui fit oublier ses pensées et raccrocher. Tous les enfants, tous excepté la fillette, s’étaient réunis autour de la vieille fontaine de la place, certains s’enlaçant, d’autres serrant de vieilles couvertures ou des peluches contre leurs petits corps. Une réalisation lui glaça le sang et elle réprima un tremblement. Une seule chose pouvait expliquer qu’ils se retrouvent tous au même endroit, et qu’ils ne soient pas en train de vider les poches des badauds au marché. Une seule chose. Elle le savait, et pourtant elle avait besoin de l’entendre.
 
Toshi s’était frayé un chemin dans la foule et se tenait devant elle. Il ne parlait pas, et son regard reflétait ce qu’il voyait en elle. Inquiétude, puis la concentration froide propre à ceux qui ont déjà connu la pure panique. Les poings serrés, Esther articula avec difficulté :

« Toshi, est-ce que tu as vu la fumée rouge ? »

Comme pour lui répondre et avant même que le garçon ait pu ouvrir la bouche, un épais nuage vert apparut à l’horizon. Beaucoup trop près de la ville. Elle fit volte face, l’urgence de la situation réveillant des réflexes acquis bien trop tôt. La zone était sécurisée, et rien ne confirmait qu’elle soit sortie de la ville. Asae ne fréquentait que quelques quartiers de Gotenba, se séparer était la solution la plus efficace, et la plus rapide. Elle aboya des instructions aux enfants les plus âgés, qui s’étaient machinalement rapprochés de la jeune femme à son arrivée sur la place.

« Haru, Toshi, Michiru. Vous patrouillez autour du mur. Kiko, fouille le quartier. Je m’occupe du marché. Personne ne sort de la ville. »

Elle ne prit pas le temps d’attendre une réponse des enfants et s’élança vers la rue principale, d’où commençait à émerger le reste de la population. Ses cheveux en bataille serpentant au rythme de sa course, elle était une vague de flammes remontant la rue, ignorant le regard inquiet des passants alors qu’elle abattait son regard glacé sur chaque ruelle, chaque recoin, chaque embrasure de porte.

Elle n’était pas là.

Esther fondit alors de nouveau vers le quartier des orphelins, où Kiko lui confirma ce qu’au fond elle savait déjà. Pas d’Asae.

Une dernière option avant d’envisager le pire. Elle tiendrait jusque là. Elle avait tenu pour d’autres, mais aucun d’eux n’avait été un enfant. Aucun d’eux n’était si proche d’elle.

Alors qu’elle rebroussait chemin pour se rendre au mur, son portable sonna. Toshi. Une onde de soulagement la parcourut alors qu’il lui annonçait la nouvelle. Ils avaient trouvé Asae, elle était en vie.

Le soulagement céda cependant de nouveau sa place à l’inquiétude quand l’adolescent lui donna plus de détails. Elle était SUR le mur, elle revenait des ruines, accompagnée d’un chasseur avec ça (« un grand en plus » d’après Toshi). Derrière elle, elle sentit les enfants s’agiter et se transmettre le message. Dans un soupir, elle se surprit à lever les yeux au ciel et à penser, dans un moment pareil, à se trouver un kit main-libre, certains de ses protégés ayant l’ouïe beaucoup trop fine à son goût. Intimant aux graines de révolutionnaires qui avaient déjà commencé à faire des stocks de pierres de ne pas bouger d’un pouce et d’arrêter par la même occasion de faire des trous dans la chaussée, elle se mit en route vers le mur, sans cesser de dérouler mentalement ses procédures d’urgence « chasseur ».
 
---


Un dernier coin de rue, et elle serait au mur. Quelques mètres, et elle pourrait la voir, confirmer de ses yeux qu’elle allait bien. Ensuite, il faudrait se débarrasser du chasseur. Elle se répéta rapidement les différents scénarii qui lui permettraient de ne pas trop attirer l’attention sur leurs activités, mais son cerveau bouillonnant eut un léger faux contact alors qu’elle passait ce fameux coin de rue, et que ses yeux perçants se posèrent sur la scène qui se déroulait devant elle.

Elle était là, la moue boudeuse et les yeux étrangement détendus pour quelqu’un qui avait frôlé la mort et qui manifestement avait été prise la main dans le sac. Si elle avait été seule, dans l’obscurité de son appartement, Esther se serait effondrée de soulagement. Si elle avait été seule, elle aurait fini par se convaincre de se séparer définitivement d’Asae, de lui trouver une famille dans une ville bleue, quitte à utiliser les restes de son héritage pour graisser des pattes, la faire entrer, et désinfecter la nouvelle fissure dans son coeur à grand renfort d'alcool. Mais la jeune femme n’était pas seule, et devant elle se trouvait l’un des représentants de son ennemi. « La fragilité et le sentiment n’ont pas leur place sur un champ de bataille » lui avait sans cesse répété sa mère. Instinctivement, elle porta une main distraite à son flanc droit, se rassurant en sentant sous ses doigts le couteau de chasse qui ne la quittait jamais. 


L’homme, incliné vers la petite fille, semblait lui aussi plutôt calme, pour quelqu’un qui sortait manifestement d’une nuit agitée. Lorsqu’il se redressa, elle se surprit à le détailler plus qu’il n’aurait fallu, de ses jambes élancées à ses épaules, des muscles de ses bras à ses yeux, dissimulés en grande partie sous une tignasse foncée. A cette distance, elle ne distinguait pas bien son regard, et l’agacement vint s’empiler sur la montagne d’émotions contradictoires qui tournaient dans son esprit.

Faisant quelques pas, la jeune femme fut frappée par une réalisation qui aurait dû lui sauter aux yeux immédiatement. Il était en combinaison.

Le SSN regardait.
Le SSN avait vu Asae, il avait vu les enfants. Il l’avait vue, elle.

La rage froide qui l’habitait la plupart du temps transforma son regard en une fraction de seconde. Elle devait les protéger du regard du SSN. Le chasseur devait partir, le plus tôt serait le mieux. Mais l’empressement éveillerait ses soupçons, aussi resterait-elle cordiale, juste ce qu’il faut.

Lentement, elle avança vers le groupe, les yeux rivés sur Asae pour, toujours, garder la flamme dans son âme sous contrôle.

La petite fille discutait avec le chasseur. Elle semblait relativement à l’aise avec lui, suffisamment pour lui sourire, et cette pensée perturbait les convictions d’Esther. Asae avait un bon instinct avec les gens, elles devraient avoir une discussion. 
Juste après lui avoir passé le savon de sa vie, évidemment.

Mais lorsque l’enfant se tourna vers elle et la distingua entre ses amis, elle sut qu’il ne serait pas nécessaire de la réprimander. Elles se connaissaient suffisamment bien pour ne plus avoir besoin de mots, et tout dans les yeux d’Asae exprimait la même chose : « je suis désolée. »
Esther se mit à genoux alors que la petite fille courait vers elle, et la serra d’un bras contre elle, le deuxième toujours prêt à frapper, en la scannant littéralement du regard à la recherche d’une blessure. La libérant de son étreinte, la rouquine nota les égratignures sur ses genoux, et leva un sourcil. Asae répondit à sa question muette en haussant les épaules, « c’est rien », et en donnant un coup de tête dans la direction du chasseur, qui s’approchait.  


 Se relevant, elle réprima une grimace alors que l’enfant frôlait son bras gauche. Avec l’agitation de ce matin, sa plaie s’était rouverte, et Esther priait pour que le sang reste bien caché sous son bandage. Elle n’avait pas besoin que le SSN prenne note de sa faiblesse physique.

 Maintenant qu’il était plus proche, la jeune femme nota l’irritation latente dans les yeux du chasseur. Tout dans sa posture et sa façon de marcher lui rappelait les chiens fous des rues de Londres, ceux que l’on ne soupçonne que beaucoup trop tard. Un mot unique lui vint à l’esprit.

Danger.

Gardant Asae dans son champ de vision alors que la petite fille allait rassurer le petit groupe d’enfants, Esther releva le menton et entama la conversation avec l’homme, jetant sans le vouloir des coups d’œil réguliers vers la caméra qui ornait son torse, et dont elle connaissait l’emplacement pour avoir disséqué et réparé un certain nombre de combinaisons par le passé, et se maudissant intérieurement pour avoir bien noté, peut-être un peu au dessus du reste, l’intensité de ses yeux d’ambre.

« Merci, chasseur. Ce n’est pas souvent que l’un des nôtres peut se vanter d’avoir été sauvé pendant une attaque. »

Elle n’avait rien contre l’homme, au contraire, mais elle aurait arraché cette caméra avec les ongles s’il avait fallu. Alors, pour lui transmettre une reconnaissance moins empreinte de raideur et de suspicion, elle lui tendit une main pacificatrice.


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Sujet: Re: Un matin à Gotenba
Mer 19 Sep - 23:58

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Arme(s) utilisée(s): 2 épées des plus classiques, 1 lourde courbée et une plus fine et raide, semblable aux armes factices que l'on retrouve au Kendo.
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Un matin à Gotenba
SSa main tendue n’eut que le vent pour l’étreindre et que ne fut pas son erreur de chercher réfuge dans le regard du chasseur. Ce n’était rien en comparaison de la tempête de sable qui s’y trouvait. 

« Les vôtres devriez voir ce qu’il en est chez les chasseurs. »

Il n’était pas friand des remarques à double tranchant. Il aurait mis son remerciement accusateur et un crachas dans la gueule dans le même sac. Jian wan voyait les gens comme des pianos dont il entendait toutes les notes mais n’écoutait attentivement que les touches noires. Et tout le monde sait qu’il est difficile de cacher un trait sombre du bout d’une mine blanche. 

A ses yeux, l’hypocrisie n’allait à personne, pas même aux révolutionnaires au physique séduisant. Si elle était bel et bien une rebelle, ce que ses regards répétés sur sa caméra et sa gestuelle défensive lui laissait penser, elle aussi devait souhaiter écourter leur tête-à-tête.

« J’ai dix minutes. » lui lança-il en désignant la besace d’Asae d’un coup de tête alors qu’elle rangeait sa main. « Et que les choses soient claires. Je me fous des vôtres comme des chasseurs. Je ne suis pas venu sauver des vies. Je suis venu tuer. »

Il s’était approché d’un pas, instaurant un climat tendu.

« J’ai été formé à identifier une blessure encore fraîche, fit-il en posant ses yeux sur sa blessure au bras gauche avant de lentement les descendre, ou encore à retirer un couteau dangereusement calé sous un t-shirt. Entre autres. » 

Pendant qu’elle vérifiait ses dires sous la panique, le chasseur jeta un œil autour de lui. La rebelle pouvait souffler. Il ne tuait que les monstres à quattre pattes, déliberemment du moins. Son arme n’avait jamais bougé de son flanc droit. C’était son moyen de lui prouver que se méfier de lui était aussi judicieux que vain. S’il avait eu envie de l’attaquer, elle ne serait déjà plus là pour le regretter. La combinaison ne permettait pas que de sentir du sang frais sous des bandages, il l’aurait désarmé et planté avant qu’elle n’ait le temps de dire « schtroumpf ». 

« La protection, c’est votre affaire. » 

De là, il l’incita d’un mouvement de la tête à regagner le bâtiment le plus proche. Il ne semblait pas en état pour dissimuler ou protéger le moindre objet de valeur. Elle ne risquait pas de se mettre à découvert et auquel cas, il lui suffisait de trouver un autre coin à condition d’être rapide. Le temps pressait. Il lui restait peu de temps avant que son commandant chef ne réclame plus de précisions sur sa position et situation.  S’il éteignait l’Hunteart, il ne ferait qu’accellerer le processus de huit minutes à deux secondes.
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Sujet: Re: Un matin à Gotenba
Jeu 20 Sep - 19:37

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Oh.

Esther était dos au mur. Elle ne faisait pas le poids face à une personne améliorée physiquement et intellectuellement par la science et un entraînement spartiate. Elle le savait. Et il venait de le lui rappeler avec la délicatesse d’un coup de poing dans la mâchoire.

En une fraction de seconde, les pensées se bousculèrent dans son esprit alors qu’elle dressait un état mental de la situation.

Rien dans le comportement de la jeune femme ne permettait de confirmer avec certitude qu’elle était une rebelle, active du moins. Asae avait été vue avec un sac d’objets volés mais l’urgence des chimères étant ce qu’elle était, le SSN ne prenait pas vraiment le temps de punir les démunis des villes rouges, même si la fillette allait devoir faire profil bas un moment.
Il était de notoriété publique que Gotenba avait une tolérance toute relative des chasseurs, alors les enfants ne craindraient rien non plus.
Pour ce qui est de sa propre peau, la jeune femme aurait presque pu rire du fossé entre ce que les apparences laissaient sans doute à penser, et la réalité morbide qu’elle aurait pu mourir là, dans la minutes, de la main qui avait refusé de serrer la sienne, et l’en remercier.

Ce n’est cependant pas cette impuissance certaine et totale qui acheva de fissurer les masques de la rouquine, mais bien ce qui transpirait des répliques cinglantes de son interlocuteur : une honnêteté déconcertante, brute, qui faisait fi des risques et des conséquences et comme elle n’en avait pas croisé depuis très longtemps. Il aurait pu et dû confisquer son couteau et le sac d’Asae, mais en faisant le contraire il éclairait un peu plus la situation. Quelle que puisse être l’issue, il serait vainqueur, mais le drapeau blanc était hissé, et à cela s’ajoutait une proposition qu’elle ne pouvait pas se permettre de refuser : la connaissance, et avec elle une chance, si infime fut-elle, de résister un tant soit peu à une nouvelle attaque.

Alors, sans un mot, elle lui adressa un sourire en coin, dépourvu de chaleur et d’artifices, qui signait sa reddition, l’acceptation de sa proposition, et un respect naissant pour un homme qui se rapprochait plus de la bête que du chasseur.

« Asae. » dit-elle fermement, et au son de sa voix, plus grave, plus rare, la petite fille comprit que son amie s’était dévoilée, et accourut à ses côtés en lançant des regards inquiets à l’un et l’autre, se sentant spectatrice d’une bataille silencieuse.

« Es’ ? » fit-elle doucement.

« Je vais garder ça. » lui glissa la jeune femme en récupérant la besace « Et je vous prie de bien vouloir aller chez moi, désinfecte tes genoux et attends-moi. »

La petite fille leva un sourcil, lui tendit le sac et lui glissa à l’oreille un « C’est presque ça. A tout à l’heure. » que, malgré ses efforts de discrétion, l’homme et son ouïe améliorée avait certainement entendu.

Ne prenant pas la peine de parler à nouveau, Esther tourna le dos à ce dernier et se dirigea vers le bâtiment qu’il lui avait désigné. La bicoque tenait par dieu sait quel miracle, et il était d’autant plus déconcertant de constater que la porte tenait tout aussi bien et était parfaitement verrouillée, ce qui ne sembla pas déranger Esther le moins du monde alors qu’elle sortait un petit crochet d’une poche arrière de son jean et régla son compte à la serrure le plus naturellement du monde.

D’un geste de la main elle l’incita à entrer en premier, notant alors qu’il passait à côté d’elle les nombreuses tâches rougeâtres et encore humides sur sa combinaison.

Les vieilles habitudes étant ce qu’elles sont, elle ne put s’empêcher de lui glisser : « Dans l’hypothèse où un peu de tout ce sang serait à vous, et si votre panoplie est à sec, on a ce qu’il faut pour te soigner. ». Une simple option. A prendre, ou à laisser.

Esther referma la porte derrière elle, posant sans ménagement le butin de sa protégée sur un rebord de fenêtre faute de meubles. S’adossant à un mur, elle entreprit de dénouer le morceau d’étoffe qui enserrait sa blessure, de nettoyer négligemment la plaie, puis de renouer son bandage, dans l’attente des précieux conseils que le tueur de bêtes voudrait bien lui donner.


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Sujet: Re: Un matin à Gotenba
Sam 29 Sep - 12:22

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Un matin à Gotenba
Il comprenait mieux la dextérité de la fillette en voyant celle qu’elle appelait « S » crocheter un verrou comme on détache sa ceinture après un buffet all you can eat. Elles ne se ressemblaient pas assez pour être sœurs mais le respect qu’elle vouait à son autorité lui laissait penser qu’elles entretenaient une relation de ce genre. D’une manière ou d’une autre, elle était son mentor. Une réflexion qu’il s’était faite simplement en les regardant, un peu malgré lui, ne souhaitant pas particulièrement en savoir plus.

Constamment sur ses gardes, il garda ses distances avec la civile quand il passa la porte. Un réflexe de sûreté qui ne suffit pas à éloigner ses yeux curieux de sa combinaison. Le bâtiment puait le plâtre, la poussière et le souffre mais ce n’était sans doute rien comparé à l’odeur putride du sang qui la tâchait. Lui s’y était habitué. Une main dans le sac, il avait relevé ses yeux sur elle lorsqu’elle s’était mise à le tutoyer au beau milieu de sa phrase. Elle ne semblait pas s’être rendue compte d’avoir utilisé deux registres différents et il aurait sans doute mis ça sur le compte de l'étourderie s’il ne remarquait pas maintenant qu’elle possédait effectivement un très léger accent. Si léger qu’il doutait être en mesure de le saisir une fois l’Hunteart retiré. Les chasseurs comptaient énormément d’étrangers mais malgré son expérience, il n’aurait su dire d’où elle le tenait.

Il ignora fièrement sa proposition, se contentant de tendre sous ses yeux un rouleau de bandage neuf alors qu'elle en cherchait un pour son bras. Il détestait les gens qui voulaient s'occuper de leurs voisins avant de balayer le palier de leur porte, spécifiquement quand l'attention tenait d'un réflexe presque religieux au lieu du cœur. Sa première approche avait été hypocrite et il ne comptait pas lui donner l’occasion de se racheter de la même manière. Il avait toujours en lui cette envie obsessionnelle de pousser à bout ceux qui jouaient les Saints. « J’en doute pas si vous carottez tous les chasseurs de passage. »

Pourtant, il ne regardait pas ces vols d’un mauvais œil. Il comprenait la situation, l’ayant lui-même plus ou moins vécu à Atari. Pour être tout à fait dans la transparence, il n’était désagréable presque que pour la forme, parce qu'il ne croit pas en la bonté et hait ceux qui prétendent. 

Il entama le vif du sujet, ne s’embarrassant pas à l’aider à panser sa blessure. Il l’avait vu déverrouiller la porte de sa main droite, elle pouvait bien faire ça toute seule. Rendre service à des gens qui n’en ont pas besoin les rend amorphes et par conséquent plus incompétents encore. De plus, ils n'avaient pas tout le temps du monde devant eux. Ils n'avaient pas même un tour d'aiguille.  

« Senbons empoisonnés. Ça marche mieux près des organes mais vise là où la peau est la plus fine si tu n’es pas sûr de pouvoir y mettre assez de force. » commença-t-il en posant l’objet concerné hors du sac. Si elle avait appris le japonais sur le tas, le langage familier était sans doute celui qu’elle maîtrisait le mieux. « La chair des chimères est aussi tendre que leur accueil. » 

« Senbons de paralysie : gorge, organes ou rien. Sinon... » Il leva les sourcils, une mimique qui se passait de mots. Non pas qu’il cherchait pas à atténuer la dure réalité mais plutôt à gagner du temps. Il se savait suffisamment éloquent et malheureusement pour elle, elle n’était pas née de la dernière attaque de chimères. Si elle n’y allait pas franco ou manquait son coup, elle avait très peu de chances de survivre. Auquel cas, les bêtes auraient le temps de la cuisiner au bain marie avant de subir les effets des produits.  

« Kunai » continua-t-il après une courte inspiration : « et lance ». 

Le tout à la fois une curiosité qui méritait une petite démonstration. Il déboita le vérou et le manche s’allongea subitement de deux mètres. 

« Les rapides sont adroites, ne cherche pas à faucher leurs pattes en situation de charge. » la prévint-t-il en l’incitant à la prendre l’arme en mains. Même en combinaison il s’agissait d’un pari risqué. 

Et il avait bien conscience qu’il y avait très peu de chances pour qu’elle puisse avoir ne serait-ce que le temps de mettre ses conseils en œuvre en cas d’attaque. Si la formation de chasseur était si longue et qu’elle ne se faisait pas sans une combinaison de super-héros, ce n’était pas sans raison. Se battre n’était pas son rôle. C’était le sien et il aurait aimé que cela soit aussi simple dans la pratique. 

Le flingue de fumigène était encore dans le sac. Il le regarda un moment tandis qu’elle essayait de rendre à la lance sa forme initiale. Son rôle à elle était de mettre en sécurité les siens et c’était sans doute l’outil le plus utile à cette fonction que la ceinture d’extras possédait. Cependant comme partout, la théorie avait ses failles. Il le récupéra sans un mot. Il ne pouvait pas laisser des civils utiliser des signales officiels. Il vida ensuite la besace de son dernier contenu : la boite de soins, qu’il avait déjà entrouverte pour lui refiler du tissu et produit neufs. Cette dernière renfermait du matériel plus au point que celui qu’elle revendiquait avoir avec fierté. Les fioles étaient petites mais avait de très fortes propriétés. 

Il releva le menton pour happer son attention. Ses yeux azur luisaient dans l’ombre de la pièce. Après une hésitation, il lui fit en sortant le produit : 

« Ralentit le poison. Douloureusement. »

Il ne l’éliminait pas et sans combinaison, la douleur serait sans doute trop forte. Peut-être fallait-t-il mieux mettre fin aux souffrances de la personne que tenter de gagner du temps par égoïsme, mais qui sait ce que des derniers mots pouvaient apporter.

Il lui laissa tout le reste, ce qui, au contraire de ce produit, ne représentait pas de danger et dont elle ne nécessitait pas de mode emploi. Il lança ensuite un regard sur son ID-0 plus par réflexe que besoin, il savait déjà qu’il était temps pour lui de partir.
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Sujet: Re: Un matin à Gotenba
Lun 1 Oct - 13:25

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Dans toute cette histoire, si une émotion avait pris le pas sur le soulagement de savoir sa complice saine et sauve, et mise à part une méfiance constante qui n’avait rien d’inhabituelle pour Esther, c’était la confusion que lui inspirait la personne devant elle. Un sale caractère et l’attitude « tout vu, tout fait » de ceux qui ont trop vu et trop fait, mêlés à un fond de considération pour les autres qui n’avait rien à faire là, les gestes en inadéquation avec la parole. Est-ce que les conseils aux pauvres victimes délaissées faisaient partie du protocole obligatoire des chasseurs ? D’après ce qu’elle avait pu constater du SSN, la jeune femme en doutait. Mais ce dont elle était sûre alors qu’il lui tendait un bandage propre, c’était qu’elle ne supportait pas qu’on la prenne en pitié. 

Ce bout de tissu lui faisait l’effet d’une insulte, il considérait sans doute qu’elle n’était pas capable de prendre soin d’elle et qu’il devait se fendre d’une interaction de plus à cause de ses erreurs. Ce bandage qui blessait sa fierté ne toucherait jamais son bras. Au lieu de cela elle le rangea dans une poche, pour les réserves des enfants, et entreprit de bander sa blessure avec le linge qui l’avait quittée quelques secondes plus tôt. Il ne cessait de répéter qu’il avait peu de temps, elle pourrait toujours aller désinfecter le tout en rentrant. A l’abri des regards, comme elle avait toujours vécu.

Au fond, s’il n’avait pas enchainé sans ménagement sur une description détaillée du mode d’emploi de la panoplie dérobée par Asae, elle aurait sans doute tourné les talons et envoyé Toshi le raccompagner. Mais on ne refuse pas les explications d’un professionnel, et elle était intimement convaincue qu’elle ne verrait plus ce genre de gestes contradictoires de sa part, alors elle fixa son attention sur les armes qu’il lui présentait, buvant ses paroles, apprenant jusqu’à la façon dont il empoignait les senbons.

Puis, il déploya la lance, et Esther n’entendit presque plus les paroles du chasseur. Elle contemplait, les yeux brillants, cette merveille de mécanique qu’elle n’avait encore jamais pu approcher. Par chance - il avait du estimer qu’elle ne méritait même pas qu’on se méfie d’elle, pensa la jeune femme avec aigreur – il lui tendit l’arme qu’elle empoigna avec un fond de révérence, avant de la dévorer du regard. Scrutant le moindre détail avec l’enthousiasme d’un enfant un matin de Noël, elle marmonnait des « Système silencieux…», « Mais oui, des aimants ! » et autres « Assistance électronique...Relié à l’armure ? Non, le signal pourrait… » le tout en tournant et retournant la lance pour pouvoir l’analyser sous toutes ses coutures. Une ébauche de sourire apparut aux coins de la bouche qu’elle mordillait distraitement, comme à chaque fois qu’elle était perdue dans ses pensées. 
Magnifique.

Sentant un léger mouvement, elle releva la tête une fraction de seconde pour voir l’homme ranger le pistolet à fumigènes dans son propre sac. Elle comprenait ce geste. Une mauvaise utilisation, par des civils qui plus est, pouvait empirer les choses et faire plus de victimes, et Esther avait vu assez de victimes. De plus, le SSN ne laisserait sans doute pas passer la disparition de cet engin-là, et les ennuis administratifs n’auraient pas été loin pour lui. 
Elle supposa que son inquiétude résidait plutôt dans cette dernière conséquence, l’homme ayant mis un point d’honneur à préciser que sauver les populations ne faisait pas vraiment partie de ses objectifs personnels.
Revenant à son analyse de ce qu’elle considérait comme une petite œuvre d’art, elle fut tirée de sa concentration intense par le bruit de flacons qui s’entrechoquent. Son enthousiasme s’éteignit alors qu’il lui présentait une petite fiole qu’elle espérait ne jamais avoir à utiliser. Dans les bas-fonds, ceux qui avaient assisté à des batailles entre chimères et chasseurs appelaient ce produit « le suppliciateur », celui qui faisait plus de mal que la mort elle-même. Elle hocha la tête gravement alors qu’il lui donnait les détails de son fonctionnement, et une vague de culpabilité immense l’envahit.

Asae aurait pu avoir besoin de cette horreur. Une mauvaise rencontre, quelques minutes plus tôt, et qui sait ce qui aurait pu advenir de la petite fille, ou ce qu’on aurait pu retrouver…

La jeune femme sentait qu’elle glissait, la plupart du temps. Que son esprit se retournait contre elle et qu’il la mettait allègrement à la torture. La plupart du temps, elle parvenait à faire taire la haine et la culpabilité, en se noyant dans le travail, dans la planification, dans le futur. 
Mais pas toujours. 
A l’instant, ses pensées n’étaient que regret, honte, peur, et autodestruction. Son souffle devint court et sa respiration difficile, ses yeux s’écarquillèrent, elle perdait conscience de son environnement. Elle devait sortir d’ici, noyer son esprit par d’autres moyens.

Esther devait garder un peu de normalité, encore quelques instants. Le chasseur regardait son ID-0, et bien qu’il lui fût difficile de formuler grand-chose dans cet état, elle s’approcha du sac pour y replacer la lance, consciente qu’il ne s’agissait pas tant de la mettre de côté que de l’éloigner d’une tentation inimaginable, et glissa à la personnification de l’agacement qui se tenait devant elle :

« Merci pour les conseils, ils seront utiles. Je te souhaite le moins de pertes possible de ton côté. »

En partant, alors qu’elle se trouvait face à la porte pour qu’il ne remarque pas qu’elle palissait à vue d’œil, elle fit un choix risqué, mais il avait sauvé Asae et avait partagé ses connaissances, elle ne pouvait pas le laisser repartir comme ça.

« Je tiens l’atelier de réparation de la ville, dans la rue principale, tu peux pas le manquer. Je peux réparer tout ce qui est civil et une partie de ton équipement, alors si quelque chose casse et que tu es dans le coin, demande Esther. Les orphelins ne te causeront plus de problèmes. »

Elle ouvrit la porte, et s’éloigna d’une démarche la plus naturelle possible.


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Sujet: Re: Un matin à Gotenba
Jeu 11 Oct - 12:32

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Ce n’était pas du dédain mais ça en eut tout l’air. Il souffla du nez, un peu comme pour retenir un rire moqueur, à la seule différence qu’il ne riait ici que de lui-même. Elle espérait le moins de pertes possible de son côté… ignorant que pour perdre, il fallait déjà qu’il ait obtenu. Il fallait reconnaître que la situation était un peu risible. Elle croyait avoir misé sur la sûreté en sortant la banalité la moins risquée, quelque chose de général qui aurait touché tout le monde et n’importe qui. Elle aurait dû le laisser partir comme ça. Ça aurait été la suite logique, une suite plus pure. Il n’avait fait que son travail et parce qu’elle se sentait coupable d’en avoir eu besoin, elle tournait ça dans une histoire de service rendu. Il ne voulait pas de son merci, il était vide de sens quoique empli de frustration. Il n’était là que pour soulager sa conscience fragile.

Quand ils sortirent, les enfants se mirent à chahuter. Il sentit leurs regards sur eux tandis qu’ils se redirigeaient vers le mur par lequel il était descendu. Il n’était pas encore tout à fait à l’aise avec cette attention. D’ordinaire il n’était pas celui qu’on envoyait auprès des civils. Il entendit leurs sandales les suivre sur le chemin pavé aussi clairement que ce qu'ils se chuchotaient entre eux.

Il aurait pu laisser couler. Il avait travaillé là-dessus. Mais la vraie question était toujours, est-ce qu’il aurait dû ? Voilà qu’elle lui proposait de rendre la pareille avec un bon cadeau à dépenser lors sa prochaine visite dans son minable atelier. Il arrêta de marcher, l’incitant à faire de même lorsqu’elle n’entendit plus ses pas la suivre. Il accrocha ses yeux et sans parler tout de suite, il sut qu’elle en comprit beaucoup. Plus peut-être que ce qu’il ne réussirait à exprimer en mots. En vérité il hésitait. Son visage était plus sérieux encore et son regard, si froid malgré sa couleur. Il hésitait à cause des enfants.

Sur un champ de bataille, comme en dehors, il y a des démons invisibles.

« La peur est une arme fatale, hm ? »

Il n’attendait pas spécialement d'approbation. Il savait qu’elle savait.

« On oublie souvent de relever à quel point la fierté est aussi un piètre bouclier. Pour le moment, dit-il en s’approchant d’un pas. Tu es incapable de sauver les tiens. Plus vite tu l’admettras, mieux ce sera. Pour vous tous. »

Il parût dur, un mur de glace qu’aucune flamme n’aurait su éteindre… exceptée celle qui lui demandait de brandir. Avec ses accusations dissimulées, son attitude réfractaire à se laisser aider mais ses merci et politesses aussi nombreuses que misérables, elle n’était pas honnête, surtout envers elle-même. Elle n’était pas entière.

« Et la seule orpheline qui me pose problème ici est celle qui éduque les autres à croire les mêmes conneries et à nier les mêmes évidences. » Après un moment, il ajouta  « Une moitié de soldat ne vaut rien. »

Car c’est comme ça qu’ils voyaient ceux qui se mentaient. C’est comme ça qu’il voyait tout le monde, ou presque. Et à ces moitiés d’humain, il ne donnait qu’une moitié de lui. Malheureusement, et comme sur un piano, il s’agissait de sa moitié sombre.

Asae et ses amis étaient restés en recul, figés comme s’ils craignaient qu’on les remarque. Les bruits avaient cessé, et il savait qu’il n’entendrait plus de si tôt l’un d’eux parler de lui avec le même enthousiasme qu’un enfant lambda loin de tous leurs problèmes parlent du père noel. On lui reprochait toujours la façon insensible qu'il avait de s’exprimer. On ne pouvait pas être plus loin de la vérité. Ses mots sonnaient insensibles seulement dans les oreilles de ceux qui entendaient mais n’écoutaient pas.
Pas moitié mauvais mais moitié sombre. Il faut seulement comprendre par là qu’il ne partage pas dans l’éclat.

Son ID-0 bipa comme pour répondre au silence qui suivit. Il lui tourna le dos sans même se retourner sur elle, projetant ses grappins sur le mur. Il savait, il savait qu’elle était là, du haut de son petit mètre cinquante, une arme artisanale surement trop grande pour ses mains en guise de cadeau. Il l’avait entendu le murmurer plus tôt tandis qu’ils marchaient à pas de fourmis  derrière eux. Mais il  savait aussi qu’elle n’avait certainement plus la même envie de lui offrir maintenant. Il ne se retourna pas pour lui faire passer le même message, qu’il fallait commencer par admettre ses faiblesses et que cela commençait par prendre soin de soi afin de prendre soin de ses proches. Cette arme lui était plus utile à elle qu’à lui mais il fallait d'abord qu'elle réalise en être capable pour l’utiliser. Et peut-être qu’aussi, être confronté à son visage, à leurs visages démunis, ne lui aurait pas seulement donné une image de leur avenir, mais une bribe de son passé aussi. La petite Asae n'eut que l'emblème de chasseur dans son dos pour la saluer.

Codage par Libella sur Graphiorum


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Sujet: Re: Un matin à Gotenba
Mer 17 Oct - 0:07

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Plus vite, plus vite.


A la demande d’Esther, la petite fille avait couru sans se retourner. Couru à travers la rue principale, dans l’atelier, jusqu’à la cage d’escalier. Elle avait déverrouillé la lourde porte de métal avec précaution malgré sa hâte, avait attrapé des bandages et de l’alcool dans la modeste salle de bain, avant de faire demi-tour aussi vite qu’elle le pût, refermant avec diligence chaque porte derrière elle et fondant sur le quartier dont elle était le maître.

Le temps était son ennemi.

Pas le chasseur, qui l’avait sauvée.

Pas le SSN, qui l’avait ignorée.

Asae le savait. Le temps la ferait craquer.

Il ne se passerait que quelques minutes avant que son amie ne se renferme, dévorée par la culpabilité.

Plus vite, plus vite.


Atteignant ce qui servait de dortoir commun à la plupart des orphelins, la petite fille ouvrit d’une petite main impatiente un casier orné d’un grand « A » de peinture bleue, pour en tirer un colt 45 modifié. « Une belle pièce de collection, même sans balles » avait un jour murmuré Esther, des étoiles dans les yeux, alors qu’elles se baladaient au marché. Deux heures plus tard, l’arme était déclarée volée. Asae comptait l’offrir à la jeune femme, mais aujourd’hui, elle était persuadée que son héro l’apprécierait.

A Esther, elle offrirait sa présence silencieuse. Comme elle en aurait besoin après cette matinée.

La petite fille fit volte-face, l’arme sans munitions venant rejoindre les bandages entre ses petits poings, et se hâta de retourner au mur.

Oh, elle savait ce qu’elle y trouverait, bien avant de vraiment l’apercevoir. Une Esther digne, droite, mais pâle, si pâle. Comment les autres pouvaient-ils ne pas le remarquer ? Comment pouvait-elle penser que son amie la plus proche n’y verrait que du feu ? Quiconque prenant le temps de se poser les bonnes questions aurait senti que son feu était glacé, étouffé par le chagrin, la peur, et une dignité aussi inflexible que le destin qu’elle semblait s’être écrit.
Asae le sentait, aussi aisément que si la rouquine l’avait hurlé.
Mais elle savait aussi qu’aucun de ces mots ne sortirait jamais de sa bouche, pas pour elle. 
Surtout pas pour elle.

C’est résignée à la surveiller de loin que la petite fille rejoint ses amis, Toshi agrippant déjà l’alcool et les bandages et entreprenant de la soigner. 
Ah, c’est vrai, Es’ lui avait demandé de l’attendre chez elle. Comme si elle allait commencer à écouter ce genre de bêtises aujourd’hui. Estimant que son mentor s’en sortait plutôt bien pour le moment, elle raconta à sa bande comment le Schtroumpf l’avait soulevée au-dessus du mur, et surtout, lui avait rendu son larcin. Le terme « faux Schtroumpf » résonna entre les enfants, et ils firent quelques pas dans la direction de l’étranger, un demi-sourire sur les lèvres.

Mais Asae les stoppa net d’un signe de la main. Son ouïe jeune et fine perçut des bribes du discours que tenait l’homme à son amie, et lui firent l’effet d’une claque.
Il était en train de l’accabler. 
Il tombait tellement juste qu’elle se demanda s’ils ne s’étaient pas côtoyés par le passé, mais sa théorie mourut aussi vite qu’elle fut venue, car dans ce cas il aurait su. Il aurait su que ce qu’il lui disait là, Esther le savait déjà. Elle luttait chaque jour si fort pour le nier que la petite fille n’eut pas de peine à imaginer l’ouragan qui sévissait derrière ces yeux couleur de tempête.

Le faux Schtroumpf avait eu raison, mais n’avait pas bien fait.

 Alors qu’il fixait de nouveau ses grappins au mur d’enceinte, Asae détailla l’emblème dans un dos qu’elle n’oublierait jamais, et qu’elle ordonnerait à ses pairs de ne pas oublier.
Car c’était le dos d’un homme qui faisait le mal et le bien, et qui avait répandu ses jugements comme une plaie sur son monde. Et alors qu’elle observait Esther desserrer les poings et contempler les lunes de sang au creux de ses paumes, elle se jura que s’il fallait qu’elle dépasse à nouveau ce mur, ce serait pour le retrouver.
Pour entendre à nouveau ces mots, ces mots durs qui étaient parvenus à faire ciller des yeux glacés.


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Un matin à Gotenba

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